La Matrescence ou l’éveil d’une identité : Traverser le post-partum et tisser le lien
On parle souvent de la naissance comme d’un point final, l’aboutissement de neuf mois d’attente. Pourtant, pour la femme, elle n’est que le prologue d’un bouleversement bien plus vaste : la Matrescence. Ce concept, qui fait écho à l’adolescence, décrit cette période de transition radicale où une femme devient mère. Ce n’est pas un interrupteur sur lequel on appuie, mais une métamorphose lente, parfois chaotique, qui redéfinit chaque cellule de l’identité.
Le post-partum : cet espace entre-deux
Le post-partum n’est pas seulement une convalescence physique ; c’est le terrain de jeu de la matrescence. C’est un espace de vulnérabilité où le corps, autrefois sanctuaire de la vie, devient un territoire de don de soi. Dans cette phase, la femme doit faire le deuil de celle qu’elle était — sa liberté de mouvement, son insouciance, sa disponibilité psychique — pour laisser place à celle qu’elle devient.
Cette période est souvent marquée par une ambivalence profonde. On peut éprouver une gratitude immense et, dans le même souffle, une fatigue qui frôle l'effondrement. Reconnaître cette dualité est essentiel : la matrescence ne demande pas d’effacer la femme derrière la mère, mais d’apprendre à les faire cohabiter sous un même toit.
L’attachement : une construction, pas une magie
On nous vend souvent le "coup de foudre" immédiat à la seconde où l'enfant est posé sur le ventre. Pour certaines, c'est une réalité. Pour beaucoup d'autres, l'attachement est une construction, un tissage patient qui se fait maille après maille.
Le lien d’attachement est ce fil invisible qui sécurise l’enfant et stabilise la mère. Il se nourrit de la proximité, du regard, du souffle et du contact peau à peau. C’est ici que la physiologie vient au secours de la psychologie : le contact physique libère de l’ocytocine, cette hormone du lien qui apaise le système nerveux de la mère et régule celui du nouveau-né.

Le portage comme soutien au lien
Dans ce contexte de mutation, le portage s'inscrit comme un prolongement naturel de la grossesse. Porter son enfant n'est pas un simple choix logistique pour garder les mains libres ; c'est une réponse directe aux besoins de la matrescence et du post-partum.
- La continuité biologique : Après neuf mois de fusion, la séparation peut être brutale. Le portage offre une transition, un "utérus à ciel ouvert" qui rassure le bébé par les battements du cœur et la chaleur, tout en permettant à la mère de retrouver une certaine verticalité.
- La communication instinctive : En portant, la mère apprend à décoder les micro-signaux de son enfant avant même qu’ils ne deviennent des pleurs. Cette compréhension mutuelle renforce le sentiment de compétence maternelle, souvent malmené par les doutes du début.
- L’ancrage mutuel : Le poids du bébé contre soi, son odeur, son rythme respiratoire... ces sensations agissent comme un ancrage sensoriel puissant. Le portage aide la mère à s'installer dans son nouveau rôle non pas par la théorie, mais par l'expérience du corps.
Vers une parentalité décomplexée
La matrescence nous apprend que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais une ouverture. Traverser le post-partum, c'est accepter de ne pas tout savoir, d'être "en chantier". En plaçant le lien et l'attachement au cœur de cette période, on s'autorise à vivre une maternité plus douce, loin des injonctions de perfection.
Naître mère prend du temps. Et dans ce voyage, la proximité physique reste sans doute la boussole la plus fiable pour retrouver son chemin vers soi, et vers son enfant.











