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Interview de Séverine Martial : Portage, allaitement et maternage

Infirmière et créatrice d’associations de soutien pour les mamans, d’ateliers de portage puis de Néobulle, Séverine a plus d’un tour dans son sac. Mais surtout, elle a une grande connaissance des mamans et une passion pour les bébés !


Faisons connaissance !

Je suis infirmière de formation, née dans une famille de soignants avec une maman sage-femme. À la suite de mon premier enfant, une petite fille, j’ai allaité 3 mois sans me poser de question. Puis un engorgement avec fièvre est survenu. 

J’ai rendu visite à mon médecin, qui n’y connaissait rien mais je ne le savais pas. Il m’a dit d’arrêter de donner le sein et de tirer mon lait car je risquais d’empoisonner mon bébé. C’était une grosse bêtise. 

Cela a signé la fin de mon allaitement car la production a diminué très vite. Fin du premier épisode sans regret ni questionnement car lors de mes études d’infirmières l’allaitement n’était pas évoqué sauf pour nous mettre en garde sur le fait que le sevrage pouvait être dangereux et conduire à des risques d’autisme. Évidemment, c’était encore des bêtises. Par contre, nous avions bien appris à préparer les biberons !

Et là une rencontre à tout changé. Une maman qui venait au bébé nageur avec moi et qui allaitait son bambin de 9 mois. Alors je me suis posée des questions. Pourquoi moi je n’allaitais plus ? Pourquoi on n’était si mal informée en tant que maman ? Pourquoi on était si mal formé en tant que professionnel de santé ?

À partir de ce moment, je me suis plongée dans ce monde passionnant. J’ai découvert à quel point la nature est bien faite, à quel point une vie harmonieuse avec un bébé procure de la joie dans les familles. J’ai décidé d’agir pour sensibiliser les maternités.

As-tu réussi à faire passer ton message ?

Cela a été difficile. Je me suis battue pendant des années. J’ai créé une première association de soutien à l’allaitement nommée “Ref’Lait”. Puis une seconde, “Naturellement Parents”, pour aider les parents à rester calmes et sereins avec le bébé et leur permettre de se sentir entourés en les accompagnant sur le portage, le maternage, les massages et même le chant. 

Ref’Lait, c’est toujours une quinzaine de professionnels de santé qui continue son accompagnement auprès des mamans allaitantes par des consultations ou des visites dans les chambres de maternité. Nous agissons gratuitement dans la Loire grâce aux financements de l’Agence Régionale de Santé. J’en suis très fière.

Après les associations de soutien, est venue Néobulle ?

Oui, Néobulle est venue naturellement, sans jamais avoir pensé à faire une entreprise un jour. Au départ, pour encore améliorer l’accompagnement et se servir du savoir faire de ma région caractérisée par l’artisanat de tissage, j’ai développé et fait fabriquer à deux pas de chez moi des écharpes de portage physiologique de qualité.

Puis, passionnée d’aromathérapie, est venue l’idée de créer des produits de soin 100% naturels, bio, sans artifices et surtout efficaces. Toujours dans le but de mieux répondre aux besoins des bébés et de donner confiance aux parents.


À quel moment t’es-tu rendu compte que l’allaitement est important ?

Il y a une vingtaine d’années, au cours de ma formation d’infirmière, j’ai effectué un stage en maison de retraite. J’ai été marquée par les vieilles dames dont je m’occupais. Dès que l’on évoquait les bébés, elles parlaient de leur allaitement. Les regrets, les satisfactions, les plaisirs et les désirs inassouvis…

Je me suis dit à ce moment-là que le fait d’allaiter son bébé était quelque chose de très important dans la vie d’une femme, au point de marquer toute une vie. 

Comment présenterais-tu le maternage ?

C’est la manière naturelle de s’occuper d’un bébé. Materner signifie simplement prendre soin et répondre à ses besoins. Pendant les premiers mois, ils sont simples. Ils ne sont que vitaux. Dormir, être nourri, changé, lavé, soigné et porté pour se sentir en sécurité. Et bien-sûr, un bébé a besoin de recevoir de l’attention et de l’amour. 

Il faut être conscient que le maternage existe depuis toujours. Il a disparu au fil des derniers siècles pour plusieurs raisons. 

Au cours du dix-neuvième siècle, le portage et l’allaitement ont été assimilés aux populations dites “primitives” tandis que les inventions dites “modernes”, comme la poussette et les transats, ont réduit la relation de proximité essentielle entre un bébé et sa maman. 

Le manque de temps avec l’émancipation des femmes également…

Exactement. L’émancipation des femmes ôta naturellement de plus en plus de temps aux mamans pour s’occuper de leur bébé. Sans compter les nombreuses hypothèses pédiatriques qui se sont contredites au fil des années : ne pas porter, donner à manger à heure fixe, ne pas répondre aux pleurs….

Tout cela mis bout à bout et le portage, comme le maternage, ont progressivement disparu. 

Ce sont pourtant des pratiques instinctives et ancestrales !

C’est le fameux instinct maternel. Si une maman était sur une île déserte avec son bébé, elle prendrait soin de son bébé, l’allaiterait sans se poser de question, le tiendrait en permanence contre elle et le bébé aurait tout ce dont il a besoin pour être en pleine forme et épanoui. 

Mais heureusement, l’instinct reprend le dessus ! Et le portage comme l’allaitement et le maternage reviennent au grand jour.

Peux-tu nous parler des bénéfices du maternage ?

Oui bien-sûr ! La relation créée par le maternage est autant bénéfique à la maman qu’au bébé. Le bébé se sent mieux et pleure moins tandis que la maman prend confiance et s’affirme dans son nouveau rôle, qu’il s’agisse d’un premier bébé ou d’un petit nouveau dans la famille. 

Avoir le sentiment de comprendre son bébé et de bien répondre à ses besoins donne une confiance infinie aux parents et un sentiment de plénitude inégalable. On met en place un cercle vertueux qui permet le développement

harmonieux du bébé au sein de sa famille.

On devient alors parent et c’est gagné pour la suite ! 

C’est donc favorable également à l’éducation future ?

Plus la maman va comprendre son bébé, plus elle est confiante dans son rôle de maman. Ça fonctionne aussi pour le papa. Il devient ensuite aisé de fixer des limites progressivement, lorsque les petits “caprices” commencent à faire leur apparition.

La confiance et la sérénité qu’apporte le maternage est le point de départ qui permet une éducation simple et naturelle.

Séverine tient à insister sur un point… 

Durant les premiers mois du bébé, il est indispensable de répondre à tous ses besoins. Qu’il demande les bras, qu’il ait envie de téter 10 fois de suite ou qu’il ait envie d’un câlin réconfortant, il ne s’agit là que de besoins primaires essentiels à son développement physique, mental et émotionnel. 

Un bébé ne fait pas marcher ses parents et ne joue pas la comédie, comme on peut encore l’entendre parfois. 

Le portage aide énormément au quotidien et à passer les moments de demandes intenses. Il permet à la maman d’être au plus proche de son bébé en continuant de vaquer à ses occupations. Donc sans frustration. D’autant plus qu’à son contact, elle sécrète des hormones qui lui permettent d’être en alerte et de savoir quoi faire instinctivement.

Cette grande proximité avec son bébé permet à la maman de le comprendre, de détecter ses besoins rapidement et d’apprendre à les anticiper. Ainsi la maman prend confiance et le bébé pleure moins voire pas du tout. 

Un bébé ne devrait pas pleurer ?

Les pleurs des premiers mois peuvent être totalement évités grâce au portage et au maternage. Cela donne confiance à la maman et tranquillise le bébé.

Les crises de larmes sont une source d’épuisement et de stress pour le bébé. Il ne dort plus correctement, il a moins d’appétit et la maman s’inquiète. Les pleurs ne servent pas à grand-chose, c’est le signe ultime lorsque nous n’avons pas su repérer ses demandes plus tôt. 

Mais il est normal de ne pas tout gérer parfaitement du premier coup ! Être parent, ça s’apprend petit à petit, en écoutant sa petite voix intérieure et non les conseils de son entourage.


Quel est ton avis sur le co-dodo ?

C’est un sujet très controversé en France. Il est déconseillé par les pédiatres les premiers mois pour éviter la mort inopinée du nourrisson. D’un autre côté, c’est une pratique qui a traversé les siècles et est encore pratiquée presque partout dans le monde. 

Il faut noter un point important. Lorsque le bébé se trouve dans la chambre des parents, la maman est plus tranquille. Elle dort mieux en étant proche de son bébé. Les hormones de l’allaitement permettent également de développer un sommeil plus léger et de rester en alerte. Depuis peu, il est conseillé de faire dormir le bébé dans la chambre des parents durant les 6 premiers mois.

Quand au co-dodo, l’OMS a édité des règles de sécurité à respecter si on le pratique.

Merci Séverine pour toutes ces précieuses informations !

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